La Chine a décidé de suspendre ses exportations d’acide sulfurique à partir du mois de mai, une mesure appelée à durer au moins jusqu’à la fin de l’année 2026. Dans les faits, les producteurs chinois, en particulier ceux liés aux activités de fonderie, vont interrompre leurs expéditions. Cette décision est loin d’être anodine. Elle concerne un produit que l’on qualifie depuis longtemps de « baromètre de la civilisation industrielle », tant son usage irrigue l’ensemble des chaînes de production modernes.
Elle intervient, en outre, à un moment particulièrement défavorable. Les tensions sur l’approvisionnement en soufre, amplifiées par les perturbations dans le détroit d’Ormuz, ont déjà fragilisé une part significative de l’offre mondiale. Dans ce contexte, Pékin fait le choix de sécuriser ses ressources pour soutenir son appareil industriel et agricole. Mais le véritable enjeu dépasse cette seule décision. Il révèle une dépendance structurelle, notamment en Europe et dans le monde occidental, non seulement vis-à-vis des métaux chinois, mais aussi des réactifs chimiques indispensables à leur extraction et à leur raffinage.
Les conséquences sont immédiates. Au Chili, une part importante de la production de cuivre repose sur des procédés de type SX-EW, intrinsèquement dépendants de l’acide sulfurique. Ces opérations sont, par nature, rigides. Il n’existe pas d’alternative technologique mobilisable à court terme, ce qui rend toute perturbation de l’approvisionnement particulièrement critique.
Dans le secteur agricole, le choc est tout aussi sensible. La fabrication des engrais phosphatés dépend presque entièrement de cet acide, et la contraction de l’offre intervient en pleine période de semis dans de nombreuses régions du monde. Il n’existe pas, à ce stade, de substitut crédible permettant d’absorber un tel déficit dans des délais compatibles avec les cycles agricoles.
