Point Marché - 6 Février 2026
Résumé
Séance de reflux sur les actifs risqués, avec une correction nette des technos américaines qui a rejailli sur l’Europe. La nervosité est alimentée par un faisceau d’éléments très concrets: l’absence de publication des non-farm payrolls en raison d’un nouveau shutdown fédéral aux Etats-Unis, des signaux de stress sur l’emploi américain, et une escalade des dépenses d’investissement IA qui pèse sur les valeurs concernées. En toile de fond, la BCE maintient ses taux inchangés, Christine Lagarde juge la croissance «resiliente» et la politique monétaire «in good shape», un message jugé décalé alors que l’euro reste ferme et que l’inflation ralentit.
Europe
Les indices européens ont terminé dans le rouge jeudi, CAC40 à 8,238.17 points (-0.29%), EuroStoxx50 à 5,925.70 (-0.75%), DAX à 24,491.06 (-0.46%) et FTSE100 à 10,309.20 (-0.89%). En France, le recul s’explique par la rechute des valeurs technologiques US, la glissade des métaux précieux et la chute du Bitcoin, qui ont pesé sur l’appétit pour le risque. Côté macro, la production industrielle a reculé de -0.7% en décembre (après +0.1% révisé), et le PMI construction est ressorti à 43.5 en janvier (après 43.4), confirmant une dynamique encore contractée.
Sur les dossiers, Stellantis a décroché de -5.69% à 8.17 euros, sur des retards de production de certains modèles électriques Peugeot liés à des difficultés chez un fournisseur de batteries. ENGIE a cédé -2.04% à 25.47 euros, sur fond de reprise de discussions avec la Belgique autour de la prolongation de certains réacteurs nucléaires, et après une dégradation de recommandation. Eiffage a reculé de -1.28% à 127.05 euros malgré l’acquisition de 100% de HTW Engineers via sa filiale allemande Salvia. GTT a perdu -1.45% à 177.1 euros tout en annonçant un projet de développement commun avec HD Hyundai Heavy Industries en Corée du Sud pour un grand éthanier (VLEC1) de 102,000 m³. Valneva SE a baissé de -2.21% à 4.08 euros après le lancement, avec l’Instituto Butantan au Brésil, d’une Stratégie Pilote de Vaccination.
Etats-Unis
Wall Street a accéléré à la baisse jeudi, S&P500 -1.23% à 6,798.40, Nasdaq -1.59% à 22,540.59, Dow Jones -1.20% à 48,908.72. Le point d’inflexion vient du marché du travail et du calendrier politique: le rapport NFP est retardé par un nouveau shutdown, tandis qu’une enquête Challenger, Gray & Christmas indique que les licenciements annoncés en janvier ont atteint leur plus haut niveau pour un mois de janvier depuis 17 ans. Dans ce contexte, les anticipations de politique monétaire basculent rapidement: les futures intègrent désormais 22.7% de probabilité d’une baisse de 25 pdb à la prochaine réunion de la Fed se terminant le 18 mars, contre 9.4% la veille, ce qui traduit une montée de la pression sur Jerome Powell si les indicateurs de l’emploi continuent de se dégrader.
Le segment IA et méga-cap reste au centre de la rotation. Amazon a chuté de 15% en after-hours après avoir projeté une hausse de plus de 50% de ses capex cette année; dans le débat IA, l’idée qui s’installe est que l’impact économique réel de l’IA est plus difficile à matérialiser à court terme, alors même que la course à l’investissement s’intensifie. Les montants évoqués sur la place sont massifs, avec 200 milliards pour Amazon et 250 milliards pour Google, alimentant la crainte d’un cycle de dépenses qui compresse les marges avant que les revenus ne suivent.
Asie-Pacifique
En Asie, la séance a été heurtée. En Corée du Sud, une chute initiale d’environ 5% du KOSPI a déclenché un arrêt de cotation, signal d’un stress de marché qui déborde des Etats-Unis vers les émergents. Le Japon fait exception relative, le Nikkei a terminé à 53,818.04 (-0.88% sur la clôture de référence), dans un contexte où le marché local tente de se stabiliser à l’approche des élections de dimanche. En Chine, Shanghai Composite a reculé à 4,075.92 (-0.64%), tandis que Hong Kong a résisté, Hang Seng à 26,885.24 (+0.14%).
Sur le front des changes, le mouvement le plus visible reste la hausse du dollar face au yen, USD/JPY à 156.92 (+0.72%). Un yen plus faible contribue à amortir une partie du choc sur les exportateurs japonais, mais il reflète aussi un différentiel de taux toujours favorable au dollar tant que la Fed ne pivote pas clairement.
Matieres Premieres et Devises
Les matières premières ont été dominées par une liquidation rapide des poches spéculatives. L’or recule à 4,861.40 USD/oz (-1.20%) et l’argent à 76.53 (-9.07%) après une séance extrêmement violente, emblématique de marchés «sans ancrage» où les mouvements peuvent s’inverser brutalement. Le pétrole corrige fortement, WTI à 63.29 (-2.84%) et Brent à 67.55 (-2.75%), cohérent avec une réévaluation du scénario de croissance si le marché du travail américain faiblit.
Côté devises, l’euro reste ferme malgré un léger repli, EUR/USD à 1.1802 (-0.12%). Le message de Christine Lagarde, insistant sur une croissance «resiliente» et une politique monétaire «in good shape», contraste avec l’idée que l’économie de la zone euro a besoin d’un soutien monétaire plus explicite, certains estimant que le «bon» niveau des taux courts serait plutôt autour de 1.50% que 2%. La livre recule, GBP/USD à 1.3645 (-0.39%).
Cryptomonnaies
La correction crypto s’est transformée en purge de levier. Bitcoin a clôturé à 62,702.10 USD (-14.13%) et Ethereum à 1,821.68 (-15.01%). Le marché digère un «deleveraging» classique, avec liquidation de positions à effet de levier lorsque les margin calls ne peuvent pas être honorés. Le mouvement s’inscrit dans une baisse bien plus large, avec l’idée d’un «krach rampant» sur le Bitcoin, décrit comme une chute d’environ 50% depuis octobre, ce qui remet au premier plan la fragilité de la liquidité quand le risque se retourne.
A Suivre Aujourd'hui
Journée plutôt calme sur le front des catalyseurs.
Conclusion
Le marché est pris entre deux forces: d’un côté, un choc de valorisation sur la tech et le crypto, amplifié par le désendettement forcé; de l’autre, une réévaluation rapide du scénario de taux, avec une probabilité de baisse de la Fed qui remonte brusquement à mesure que les signaux sur l’emploi américain se détériorent. En Europe, le statu quo de Christine Lagarde à la BCE et un euro encore ferme laissent entière la question du soutien monétaire, tandis que les dossiers entreprises (Stellantis, ENGIE, Eiffage, GTT, Valneva SE) rappellent que le stock-picking redevient déterminant quand l’indexation au «risk-on» se fissure.
